22.08.2009

ASCAIN 64. Dans une bergerie sans eau ni électricité, sous le regard des vautours et des pottoks, dans une quête personnelle, ils cherchent le clown caché au fond d'eux-mêmes Les clowns se cherchent dans la montagne basque

ASCAIN 64. Dans une bergerie sans eau ni électricité, sous le regard des vautours et des pottoks, dans une quête personnelle, ils cherchent le clown caché au fond d'eux-mêmes

Les clowns se cherchent dans la montagne basque

3553090399.jpg

Il paraît qu'un berger qui se baladait dans la montagne ne cesse depuis de manger son béret. On dit qu'il a pris peur. Il se promenait tranquillement au milieu des fougères, ne pensant croiser que des pottoks et quelques lapins, lorsqu'il entendit des cris bizarres. Il s'approcha, les cris se précisant. Et là, devant le chêne centenaire, il vit une scène étrange. Des gens normaux, avec cependant un nez de clown, s'agitaient, battaient des ailes de papillon en tournoyant autour de l'arbre, se roulaient par terre en gazouillant ou trottaient à quatre pattes à la poursuite d'une chaussure. Évidemment, sur les hauteurs d'Ascain, la chose a fait grand bruit. Le berger a ouvert des billes aussi rondes que des pelotes, puis a dégringolé la colline. Le lendemain, tout le village savait. Ces gens étranges étaient simplement en atelier de travail. Ils cherchent le clown caché au fond d'eux-mêmes. Au fond de leur corps, de leur âme. Et parfois, pour le trouver, il faut courir à quatre pattes derrière une chaussure. L'association Ateliers pas'sages de Clairac, en Lot-et-Garonne, propose à des adultes consentants de s'intéresser à leur clown intérieur. Pourquoi ? Euh, parce que le proverbe chinois dit : « Si quelque chose d'idiot vous rend heureux, faites-le ! » En gros, ces personnes qui sont des instits, des assistantes sociales, des techniciens agricoles et des maçons cherchent le bonheur. La formatrice, Corinne Girard, une solide blonde au sourire franc, vous accueille en vous serrant la main comme s'il s'agissait d'un panier à salade. Comme vous n'êtes pas une salade, vous vous sentez ridicule. Mais qu'est-ce que le ridicule ? Une bergerie sans eau Dans cette bergerie sans eau courante ni électricité, ce groupe de travail apprend à se défaire des faux-semblants et du costume social. « Il s'agit d'un travail sur soi, qui amène à se découvrir, à toucher du doigt ses blocages et à repérer ses émotions afin d'éviter de se laisser submerger. Qui est le clown ? », questionne Corinne Girard. « Nous cherchons à reconnaître ce petit personnage, comme le tout petit enfant, qui est tapi en toi-même, saura alléger tes émotions et te montrera la vie autrement. Avec légèreté. » Chaque matin, avec le lever du jour, le groupe va marcher dans la montagne, dire bonjour au soleil. En silence. Après quelques exercices de qi gong, chacun peut venir prendre un petit déjeuner. Il reste une heure pour préparer le repas du midi, tous ensemble, puis les ateliers débutent autour du chêne, devant la bergerie. Les ateliers, même si les protagonistes portent le nez rouge, ressemblent souvent à des séances de thérapie de groupe. Lâcher ses émotions et laisser aller provoque quelques angoisses, voire des larmes. Carine a 29 ans, la benjamine du groupe. Elle est technicienne agricole, toute douce avec de fines lunettes. Très timide, empruntée dans la vie, elle voulait « faire des bêtises et un terrain de jeu pour s'amuser ». Son clown est un personnage lunaire plutôt poilant. Françoise est une infirmière tonitruante. « Je voulais faire un travail autour du ridicule. La peur du ridicule empêche d'avancer. Je suis très complexée. Ici, j'ai découvert mon espace de liberté, je recharge mes batteries et, du coup, je peux mieux m'occuper des autres. J'ai trouvé mon clown, mais il a besoin de grandir encore. » Quête intérieure Philippe est maçon. Clown le plus abouti, son rire massif ponctue les journées du groupe. « Le clown a changé mon rapport au monde », dit-il. Éliette, institutrice retraitée, voulait se confronter à un autre « moi » ; Annie voulait être ce qu'elle n'est pas dans la vie, et Éliane, assistante sociale, tient à lâcher le superflu, « abandonner l'ego et l'apparence ». Les ateliers de clowns sont dans l'air du temps, comme une nouvelle technique de quête intérieure. Il en existe beaucoup d'autres, moins rigolotes. Sur les hauteurs d'Ascain, on dédramatise pas mal les noeuds et les tensions. Les repas sont joyeux. On fait, certes, pipi dans la sciure, mais tout le monde repartira avec son clown et un nouveau nez. Évidemment, l'arbre centenaire et le berger basque, eux, vont encore faire des cauchemars pendant longtemps. Mais Éliane, qui a voleté avec un pantalon sur les épaules comme un oiseau des îles en faisant de grands youyous, le sait désormais : le ridicule ne tue pas. Le moment des repas est privilégié, les clowns tombent le nez. (PHOTO ISABELLE CASTÉRA)

21.08.2009

CINEMA. Ils sont tous revenus. « Camping 2 » a débuté sur la plage de Biscarrosse. Les touristes en oublient de bronzer "Camping 2": Franck Dubosc fait rêver les baigneuses

CINEMA. Ils sont tous revenus. « Camping 2 » a débuté sur la plage de Biscarrosse. Les touristes en oublient de bronzer

"Camping 2": Franck Dubosc fait rêver les baigneuses

018b7b55bc.jpg

«Je crois que j'ai atteint la maturité... Comme Bruel ! Vous avez devant vous, le nouveau Patrick Chirac ! » Et on n'y croit pas une seconde.

Patrick Chirac enfin, 5 millions de spectateurs en 2006. Franck Dubosc n'a changé ni de maillot ni de débardeur rose pour interpréter ce « nouveau » Patrick Chirac. Mardi matin, le tournage du second opus du film « Camping 2 » a commencé en fanfare sur la plage principale de Biscarrosse. Au pic de la saison touristique. Des mètres de plage volés aux touristes, avec des clôtures autour. Un parking entier sur le front de mer voué aux camions, loges et cantines du film.

Stylos-billes et feuilles vierges

Les estivants venus de toute la France ne s'attendaient pas à pareille aubaine. Croiser Franck Dubosc, Mylène Demongeot ou Mathilde Seigner en remontant de la plage les enchante. Les enfants s'arment de stylos-billes et de feuilles vierges. Courent après les autographes. Les mères de famille s'arrachent enfin de leur serviette. Au retour, il y aura de quoi raconter aux copines de bureau.

Donc, Franck Dubosc et ses acolytes ont travaillé toute la journée, allongés sur le sable, afin de mettre en boîte la fameuse réplique du film. Pendant ce temps, l'océan est monté presque jusqu'aux pieds des comédiens. Sylvie est en vacances à Biscarrosse pour la première fois, elle promène son bichon de deux mois. Elle vient de Wallers dans l'Nord et a laissé ses cinq enfants avec son mari, sur la plage. La voilà devant l'entrée des loges des comédiens. Veut voir Franck Dubosc.

« J'attends l'Franck »

« Je ne savais pas qu'il y avait un tournage, j'ai croisé Mathilde Seigner sur le sable. J'ai dit à mon mari : "C'est elle." Il m'a dit : "Tu rêves." Mais je sais reconnaître les vedettes, moi. Alors je l'ai suivie. Depuis une heure, j'attends. Je veux un bisou. »

À côté, Léa et Lucie. Elles ont 10 et 13 ans. Elles veulent « tourner ». Leur maman les attend. Puis, lorsque apparaît Antoine Duléry, second rôle du film, elle les pousse un peu dans le dos. « Allez-y les filles, c'en est un. » Les gamines freinent un peu et questionnent : « C'est qui ? » Duléry, pas bégueule, leur fait des bises et signe un autographe. Puis, vient le tour de Mathilde Seigner, visage fermé, que personne n'ose interpeller.

Manu et Serge viennent de Bourgogne. Ils regardent ce manège de loin. « Tiens, v'là l'Claude Brasseur. Y prend la voiture, s'embête pas lui. » « Et la Mathilde, dis donc, elle a pas l'air commode », « J'attends l'Franck. Moi c'est l'Franck qui m'plaît. »

La vedette sort enfin de son camping-car-loge. Et les filles crient un peu, pas trop. Gentil, il apaise les tensions, accorde des sourires, tapote les têtes des enfants - « Ah oui, tu t'appelles Emma, Emmy » -, fait des bises aux mamans et signe quelques bouts de papiers. « ça fait rêver les gamines tout ça... », justifie Sylvie à son chien bichon.

Laisser vivre les personnages

Franck Dubosc biche. La popularité gagnée avec ce rôle de Patrick Chirac l'attendrit. Il l'aime bien ce type, un peu benêt, et a retrouvé ces habits avec bonheur. « Nous avons conservé les mêmes personnages, ils ont un peu vieilli mais ont gardé ce qu'on aimait chez eux.

Patrick dit qu'il a gagné en maturité. Évidemment, c'est faux, il est toujours aussi seul, pathétique. On a travaillé le personnage plus en profondeur, en jouant plus sur les émotions. Son côté comique et l'aspect émouvant. Il faut éviter de s'imiter soi-même. En fait, j'ai décidé de laisser vivre le personnage. Nous avons tous fait ça. »

Fabien Onteniente, le réalisateur, n'est pas en vacances à Biscarrosse. Il attend que son film soit à la hauteur du premier. Et le public autour, qui frétille d'impatience, qui se bouscule pour attraper une miette d'ambiance, lui met un peu la pression. « Les gens nous ont réclamé une suite. À force d'entendre ça, cette impatience, nous avons décidé d'y aller. En prenant le temps. On a bien bossé, je me sens en harmonie avec ce film. J'ai aimé camper ici et je reviens, voilà. Rien n'est feint. Tout le monde est très heureux de se retrouver. »

Casse-gueule ou pas, tout le monde y croit. « On a toujours la chance de tenir un bon sujet. "Camping" en est un. Ces personnages nous ressemblent, des gens simples comme nous. Alors oui, on est sympas avec les gens qui viennent nous voir. Parce qu'on a de la chance de bosser, c'est un privilège. On ne peut pas faire un film populaire en méprisant le public qui vient nous regarder pendant le boulot. »

Fin de journée. Les spectateurs derrière les filets tapent quelques photos les pieds dans l'eau. « Coupez, elle est bonne ! » La réplique de Patrick Chirac est dans la boîte. Franck Dubosc, vedette incontestable du film d'Onteniente, reprend les habits de Patrick Chirac. (PHOTO FABIEN COTTEREAU)

20.08.2009

LACANAU PRO. Pendant la compétition, l'association bordelaise Vagdespoir fait la promotion du handisurf. Pas pour les mauviettes ! Ismaël, l'âme à la vague

LACANAU PRO. Pendant la compétition, l'association bordelaise Vagdespoir fait la promotion du handisurf. Pas pour les mauviettes !

Ismaël, l'âme à la vague

ff02b026b2.jpg

Il porte un tatouage dans le creux des reins, un autre sur l'épaule. Sur son fauteuil roulant, il se balade en se fichant bien du regard des gens. Il parle fort, il a les cheveux longs, il est beau. Solaire. Déconneur. Il lui manque une jambe, la droite, quelques orteils à son unique pied, deux ou trois doigts à la main gauche. Pourtant, ce corps estropié, Ismaël le montre avec la simplicité d'un homme bien dans sa peau. « De toute façon, j'ai appris à faire avec. Je suis né avec une maladie rare, appelée brides amniotiques, qui a empêché certains membres de se développer normalement. à l'âge de 8 jours, on m'a amputé de la jambe. Mais je n'ai jamais eu peur de prendre du plaisir. Je suis sportif, j'aime les sensations nouvelles. Depuis l'âge de 15 ans - j'en ai 31 aujourd'hui - j'ai envie de faire de la glisse. Évidemment, les médecins, les kinés, la famille, tout le monde me répétait "Tu marches, tu fais du vélo, c'est déjà inespéré". J'ai laissé vivre mes rêves en envoyant balader tous les préjugés. La vie est un défi. Il suffit d'être créatif, d'inventer". » Les mots fusent. Parfaitement alignés. Ismaël Guilliorit, surfeur, skateur, a réfléchi longtemps à tout ça. Le handicap, l'empêchement et... le regard des gens bien-pensants. Ceux qui ont pitié, qui vous veulent du bien, qui cèdent la place au supermarché. Ça l'énerve. « Cette compassion, précisément, n'aide pas à faire avancer les rêves, elle vous coince dans votre statut de handicapé. Je n'ai jamais voulu me laisser dicter mes actes par les valides, qui prétendent savoir pour vous. Je suis dans mon corps, à moi d'apprendre à faire avec. » Un bulldozer dans la vie. Il envoie balader les habits gris et se forge une personnalité triomphante, il se prend des gadins, tait les blessures narcissiques, les blessures physiques, les échecs. « C'est bon, un échec, ça sert à redémarrer en ayant appris un truc de plus. » On se demande qui lui a donné cette force de géant. Des chemins de traverse Donc, à 15 ans, parce qu'il le voulait, point, Ismaël découvre les joies du skateboard. Il fabrique de nouveaux supports, travaille étroitement avec son prothésiste de Mérignac, qu'il appelle avec tendresse par son nom, Lagarrigues. « Je bricole chez lui, il me laisse l'accès à ses ateliers. J'ai adapté un pied de la prothèse pour le skate, puis pour la planche de surf. Un truc unique qui ne craint ni le sel ni la corrosion. Le premier jour où on a conçu cette prothèse, j'ai filé à l'Océan avec une planche. Et ce même jour, je me suis levé sur l'eau. » Il y a cinq ans, Ismaël, avec un groupe d'amis handicapés un peu fêlés comme lui, a créé une association à but non lucratif, Vagdespoir. Le voilà élu président bénévole. Objectif : « Changer le regard sur le handicap par la promotion des sports de glisse. » Le CHU de Bordeaux prête à Ismaël et ses adhérents une salle sur le site de Pellegrin, où, chaque semaine, ils rencontrent des jeunes patients, nouvellement handicapés. « Mon message est le suivant : le handicap ne se résume pas à ne plus pouvoir faire des choses. Il faut se fixer les mêmes objectifs que les valides et prendre des chemins de traverse pour les atteindre. Inventer. Je débroussaille. Les handicapés ont aussi des choses à offrir, ils ne sont pas seulement des boîtes à dire merci. Je préfère la compréhension à la compassion. Au CHU, on débloque des situations, on est crédibles et on trouve les mots justes. Le rêve est autorisé. » Un équipement spécial Donc, Ismaël surfe comme un dingo. Sur le Lacanau Pro, les compétiteurs le connaissent tous : « Ismaël pratique un surf engagé, il ne craint pas les grosses vagues. Il fonce. » Il a aussi appris le paddleboard, initié par le patron en ce domaine, le grand Laird Hamilton lui-même. Avec sa prothèse, Ismaël n'a rien à envier aux champions. « Je me fiche de la compète, je prends du plaisir, et là ? Je suis champion du monde ! » Après le surf, le paddle, le voilà lancé dans le kitesurf avec ses copains, les « handiglisseurs » Bibi et Angel, tous deux également adhérents de l'association. « On cherche des rencontres, des soutiens techniques efficaces. Une société de Dordogne (1) nous a prêté un équipement de Lycra chauffants, hyperlégers, efficaces. Nous pourrons surfer plus longtemps, hors saison, sans craindre l'eau froide. C'est très frustrant d'attendre l'été pour pratiquer le sport qu'on aime. Si je ne vais pas à l'eau, ça me démange. L'hypothermie est le risque majeur en handiglisse. Voilà un exemple de soutien intelligent. » Ismaël Guilliorit vit à Bordeaux, il est amoureux. Il touche 650 euros par mois, ce qui correspond à sa pension d'invalidité. Adulte handicapé. « Mon temps libre, je le consacre à ce que j'aime, ce qui m'est essentiel. Promouvoir le rêve, dire aux handicapés : regardez-moi, j'y arrive. L'amour, l'amitié, le boulot, glisser sur l'eau : on peut tout faire ! » (1) La société Diagonale Sud Technology de Saint-Agne (24) propose les seuls Lycra chauffants sur le marché actuel (Thermolution). Site Internet : www.seasmi.com. Tél. 06 85 06 55 75. Ismaël : « Je me fiche de la compète, je prends du plaisir ». (Photo Fabien Cottereau)